Les bastides

On confond souvent les mas et les bastides. Et Marcel Pagnol, en allant passer ses vacances à la « Bastide neuve », n’a pas aidé à garder la vraie définition dans la mémoire collective. En effet, il part en vacances dans une sorte de gros cabanon.

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Les bastides sont pourtant vraiment caractéristiques du sud de la Provence et constituent un patrimoine monumental important, beau mais souvent en danger.

Qu’est-ce-que c’est exactement?

  • Une bastide est une très belle baraque avec du terrain.
  • Elle sert à la fois de lieu de villégiature pour son propriétaire, mais aussi d’investissement financier. Une bastide a TOUJOURS un versant agricole par lequel elle produit une rente.

Pour éclaircir cela, il faut un peu recontextualiser.

L’habitat bastidaire débute approximativement vers le XVIe siècle, époque où Marseille connaît un essor économique important. Les négociants et armateurs s’enrichissent grâce au port, aux échanges commerciaux que ce dernier rend possibles. Or un propriétaire de bateaux peut tout perdre à tout moment à cause des naufrages, c’est pourquoi il doit mettre en sécurité une partie de ses bénéfices. L’immobilier lui donne cette sécurité. Les bastides apportent aussi des produits de très bonne qualité tels que le vin et l’huile d’olive que l’on échange contre des denrées qui ne poussent pas sur le terroir dans le cadre du commerce méditerranéen. Je pense au blé italien par exemple.

D’autre part, Marseille est une ville plutôt sale (c’est P. A. Vidal-Naquet qui le dit, cf. Bibliographie). Son centre-ville est oppressant, notamment l’été. Quand il commence à faire chaud à la fin du printemps, ces gens riches quittent leur hôtel du centre-ville pour se retirer dans leur bastide pour être au calme, entre eux, pour respirer un air sain et avoir une jolie vue.

En effet la plupart des bastides sont faites pour être à l’abri des regards, mais dégager une longue perspective qui se faufile parfois jusqu’à la mer. Pour illustrer cela, on peut prendre l’exemple de la très belle bastide de Guillermy malheureusement jouxtée par l’A7. Elle est d’une architecture très aboutie avec ce toit coloré et ces volumes. Elle a dû être probablement une des plus belles bastides du secteur. Vous remarquerez en passant sur l’autoroute (dans la direction Marseille) la vue qu’elle domine. Elle voit la mer, la colline de la Garde et si on se remet dans la vue du XVIIIe siècle, les entrées nord de la ville.bastide populo_2_colo

D’autres bastides sont d’une architecture un peu plus rustique (souvent, c’est dû fait qu’elles sont plus anciennes que les autres), mais elles n’en gardent pas moins leur double statut villégiature/agriculture.

L’expansion urbaine de Marseille a grignoté le terroir des bastides et les a parfois intégrées dans le tissu urbain. Il est difficile de donner des éléments infaillibles pour les reconnaître. Disons qu’elles sont souvent massives, de forme plutôt carrée avec de petites fenêtres sur le dernier étage (mais parfois non). Elles sont perchées, clôturée de murs, ne sont pas forcément dans le bon sens par rapport à la route, possèdent des dépendances…

En outre, il ne faut pas les confondre avec les villas du Prado et du Roucas Blanc construites au XIXe siècle qui ont un petit jardin d’agrément, mais qui n’ont jamais eu de vocation agricole, uniquement de villégiature.

La plus célèbre bastide est celle des Borély.
Elle n’est pas la plus typique car elle est plutôt ostentatoire. Elle ne cherche pas à se cacher et vient illustrer la réussite sociale et financière d’une famille. On remarque également que la bastide Borély est perchée sur des terrasses, ce qui lui permet de dégager une perspective sur ses jardins. borely_coloré.png

On peut aussi citer la maison au crépi rose de Luminy qui a été la bastide des Fabre, grande famille marseillaise, la bastide du 10 avenue Alexandre Dumas qui a changé un grand nombre de fois de propriétaires ce qui illustre l’investissement foncier qu’elle était avant d’être un patrimoine familial. Il y en a aussi une rue Jacques Hébert, rue Landier… Les belles bastides sont souvent devenues des mairies, des hôtels, des endroits pour faire la fête de son mariage…

Il existe aussi les cas de bastides qui ont vendu leur terrain pour lotissement et qui ont disparu laissant juste leur portail d’entrée (le croisement rue Negresko/Bd Michelet), soit qui sont entourées d’immeubles contemporains (la résidence les Aloades par exemple située entre la campagne Pastré et la Marine Marchandes, elles-même anciennes bastides!).

Le sujet est vaste et je ne manquerai pas d’en reparler. Pour le moment, il faut ouvrir les yeux quand on se promène dans les rues Marseille et même ailleurs en Provence.
Les bastides sont partout.

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